
Entre manque d’information et choix parfois improvisés, de nombreux jeunes abordent l’université sans mesurer les conséquences professionnelles de leur orientation.
Au moment de quitter le lycée pour l’université, beaucoup de jeunes font un choix qui peut influencer durablement leur avenir professionnel. Pourtant, cette décision intervient souvent sans une connaissance précise des débouchés, des compétences attendues ou des réalités du marché de l’emploi.
Dans plusieurs cas, la filière choisie répond davantage à la disponibilité des places, aux conseils de l’entourage ou aux représentations sociales qu’à une véritable réflexion sur le projet professionnel.
Nous sommes allés à la rencontre de M. Essama, conseiller d’orientation et écrivain, pour comprendre les enjeux de ces choix qui engagent l’avenir des jeunes.
Pour lui, l’orientation doit tenir compte du profil de l’apprenant mais aussi de son environnement social. « Chaque enfant qui vient d’une famille modeste doit avoir un parcours mixte », estime-t-il, plaidant pour une ouverture vers des formations plus techniques et scientifiques.
« Après l’enseignement général dans la première partie du lycée, il faut rapidement se tourner soit vers l’enseignement technique ou les filières scientifiques, ce qui facilitera sa formation universitaire et son emploi ou auto-emploi », poursuit-il.
Cette question du choix raisonné des études rejoint l’analyse de Loïc Ngono, enseignant dans les groupes de préparation et d’orientation universitaire. Pour lui, certains jeunes s’engagent dans des filières sans mesurer leur niveau d’application dans la société camerounaise.
« Les sciences sociales, au Cameroun, sont des sciences qui ne sont pas appliquées dans le quotidien », observe-t-il, évoquant notamment les difficultés de valorisation professionnelle de certaines disciplines.
L’enseignant insiste sur la nécessité de prendre en compte l’employabilité dans le choix d’une formation. « Il faut se tourner vers des métiers beaucoup plus techniques, des métiers qui peuvent produire quelque chose de concret », affirme-t-il, citant notamment l’informatique, les BTP, la mécanique, les archives ou encore la communication.
Mais pour M. Essama, la question ne se limite pas aux filières elles-mêmes. Elle touche aussi aux inégalités entre les jeunes. Les formations générales, explique-t-il, peuvent être plus difficiles à rentabiliser pour ceux qui ne disposent pas de ressources suffisantes pour poursuivre de longues études ou financer des spécialisations.
« Les filières générales sont beaucoup plus ouvertes aux enfants dont les moyens financiers sont illimités et qui peuvent s’offrir le luxe de suivre leur passion sans se heurter à la cherté des accès aux métiers qui y suivent », analyse-t-il.
Face à ces réalités, l’orientation apparaît comme une étape stratégique. Elle ne doit plus être une simple formalité administrative, mais un véritable accompagnement permettant aux jeunes de choisir en connaissance de cause.
Car derrière chaque inscription universitaire se cache une question essentielle : le diplôme obtenu permettra-t-il réellement de construire un avenir professionnel ?
Jean Pierre Bineli




