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AFFAIRE DES LUNETTES DU MINEPAT : 07 jours de garde à vue de 04 Journalistes et toujours des questions

Après sept jours de garde à vue, le sort de quatre journalistes suscite une levée de boucliers chez les hommes de médias, qui exigent des comptes. Au Minepat, l’on dénonce un lynchage médiatique et se dit surpris de la tournure des événements, leur libération ayant été l’initiative d’Alamine Ousmane Mey, qui nie avoir ordonné leur interpellation après avoir retrouvé ses lunettes le même jour.

L’affaire semblait relever d’un scénario invraisemblable. Elle est pourtant devenue, en quelques jours, une véritable affaire d’État dans le microcosme médiatique camerounais. François Essomba, correspondant de Chine Afrique, Igor Gwet Bibey, Directeur de publication d’Inform Plus, Solange Djuikam, Directrice de publication d’Univers Infos.net, et Pierre Mouchili, Directeur de publication du Procès International, ont été interpellés au Palais des Congrès de Yaoundé dans le cadre de la disparition présumée des lunettes du ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey.

Les quatre Journalistes couvraient la clôture des journées du Groupe de la Banque islamique de développement (Bid), le 16 septembre. Selon le Comité pour la protection des journalistes (Cpj), Solange Djuikam avait été interpellée dès le 14 septembre, tandis que les trois autres l’ont été le 16. Elle a passé sept nuits en cellule, contre cinq nuits pour ses trois confrères. Tous ont été libérés le 21 septembre sans charge retenue contre eux.

Du palais des Congrès au commissariat

Le récit livré par les journalistes donne une tournure particulière à l’affaire. Selon l’un d’eux, deux confrères ont été appréhendés pendant la pause-café. Des Policiers leur auraient demandé de prouver leur qualité de Journalistes avant de les conduire au poste installé à l’entrée du grand hall. Le troisième aurait ensuite été extrait de la salle où il suivait des communications de circonstance.

Selon ce témoignage, les policiers leur auraient d’abord reproché d’arpenter les cérémonies à la recherche de cocktails ou de perdiems, avant que la question des lunettes du Minepat ne surgisse. Les quatre sont ensuite conduits au commissariat du 10e arrondissement de Bastos, puis au Commissariat central N°1 de Yaoundé. Le document de transfert aurait mentionné une « suspicion de vol de lunettes du Minepat ».

Le dossier aurait ensuite évolué. Lorsqu’ils sont entendus par les Enquêteurs, les Journalistes découvrent, selon leur témoignage, une autre qualification évoquant leur présence sans autorisation dans un cadre de travail à huis clos. Les sources consultées confirment que la procédure a effectivement été réorientée vers une suspicion d’« intrusion non autorisée », après la découverte des lunettes.

Les lunettes retrouvées dans le véhicule

C’est ici que le dossier devient particulièrement embarrassant. Selon la cellule de communication du Minepat citée par plusieurs médias, les lunettes ont été retrouvées dans le véhicule personnel du Ministre, le jour même de leur disparition. Le Cpj rapporte cette version, tandis que d’autres sources situent la découverte au lendemain de l’interpellation.

La communication du Minepat soutient par ailleurs que le Ministre n’avait déposé aucune plainte et n’avait pas demandé l’arrestation des Journalistes. Alamine Ousmane Mey aurait appris leur détention par les réseaux sociaux et aurait alors pris l’initiative de leur libération. Le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, a également déclaré au Cpj que le ministre n’avait pas ordonné les arrestations et a évoqué un « excès de zèle » de certains éléments des forces de sécurité.

Cette version rejoint, sur un point essentiel, le récit des Journalistes : ceux-ci affirment avoir été surpris, le matin de leur libération, par la présence de quatre responsables du Minepat, venus leur présenter les excuses du ministre tout en dégageant sa responsabilité dans leur mésaventure.

600 000 FCFA et des séquelles

Mais la libération n’a pas effacé le traumatisme. Reçus le 23 septembre par le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, en présence d’une délégation du Syndicat national des professionnels de l’information et de la communication (Spic) et du Président du Réseau des Patrons de presse du Cameroun (Repac), les quatre Journalistes ont exposé leurs griefs.

Selon les éléments rapportés à l’issue de cette audience, Solange Djuikam aurait indiqué que sa famille avait déboursé 600 000 FCFA pour envisager les services d’un avocat. Ses confrères affirment, pour leur part, avoir subi des problèmes de santé après leur séjour en cellule. Le Cpj rapporte des témoignages faisant état de cellules surpeuplées, sans eau suffisante, avec des toilettes obstruées et des puces.

Le Spic réclame désormais des excuses publiques, des réparations et l’arrêt total des poursuites. Le syndicat a également annoncé des actions juridiques et un boycott de la couverture des activités du Minepat.

Une affaire qui dépasse la corporation

La mobilisation ne s’est pas limitée aux syndicats de journalistes. Le Redhac a dénoncé une détention qu’il qualifie d’arbitraire et fait état de violences lors de l’interpellation. Il demande notamment le respect de la présomption d’innocence et la protection physique et psychologique des professionnels des médias.

À l’international, l’affaire a également dépassé les frontières camerounaises. Le Committee to Protect Journalists (Cpj) a appelé les autorités camerounaises à établir les responsabilités dans cette détention et à garantir les droits et la dignité des journalistes. L’organisation rappelle surtout le paradoxe : quatre Professionnels ont été détenus pour le vol présumé d’un objet finalement retrouvé dans le véhicule du ministre, avant d’être libérés sans charge.

Qui a déclenché la machine ?

C’est désormais la principale question. Si Alamine Ousmane Mey affirme n’avoir ni porté plainte ni ordonné les interpellations, qui a alors déclenché la procédure ayant conduit quatre Journalistes du Palais des Congrès aux cellules du Commissariat central ?

Les Journalistes soupçonnent qu’une autre logique ait pu être à l’œuvre, notamment un éventuel différend avec les services de sécurité du Palais des Congrès ou avec une catégorie de participants régulièrement présents lors de ce type d’événements. Mais à ce stade, il ne s’agit que d’hypothèses et aucune preuve publique ne permet d’établir qu’une personne aurait utilisé l’affaire des lunettes pour régler des comptes.

Au fond, l’affaire des lunettes ne se résume plus à une paire de verres égarée puis retrouvée. Elle pose désormais des questions précises : qui a ordonné ou provoqué les interpellations ? Sur quelle base ? Pourquoi la détention s’est-elle poursuivie après la découverte des lunettes ? Et qui répondra des éventuels préjudices subis par les quatre journalistes ? Affaire à suivre.

K.T.

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