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GRANDS CHANTIERS

PAIEMENT DES SALAIRES ET RECRUTEMENTS : Ce que prescrit la circulaire présidentielle sur le budget 2027

Dette salariale, emploi des jeunes, investissements publics, électricité, routes, agriculture et protection sociale : les orientations présidentielles pour 2027 placent les attentes des Camerounais au cœur des arbitrages budgétaires. Reste à transformer les prescriptions en résultats tangibles.

Signée le 12 octobre 2026 par le Président de la République, Paul Biya, la circulaire relative à la préparation du budget de l’État pour l’exercice 2027 fixe le cap des administrations publiques. Son ambition affichée : faire du prochain budget un instrument d’impact socioéconomique, dans le prolongement de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30). Derrière les orientations macroéconomiques, plusieurs enjeux touchent directement le quotidien des Camerounais : rémunération des Agents publics, assainissement des effectifs, emploi, pouvoir d’achat et accès aux services essentiels. 

L’urgence de solder la dette sociale

C’est l’un des volets les plus sensibles de la circulaire. Le Chef de l’État prescrit une réduction significative de la dette salariale due aux Agents publics. Le document prévoit également la poursuite de l’assainissement de la gestion des effectifs et de la solde, notamment grâce au déploiement de l’application « Aigles », à l’extension de la biométrie et à la numérisation des dossiers de carrière.

Autre mesure importante : la validation, à travers l’application Angifode, de la dette sociale liée au non-reversement des cotisations de pension de certains Agents publics en détachement ou mis à disposition d’établissements publics et d’entreprises publiques.

L’enjeu est considérable pour les Personnels concernés et leurs familles. Le règlement des arriérés et la sécurisation des droits à pension peuvent contribuer à restaurer la confiance dans l’administration. Toutefois, la circulaire ne chiffre pas, dans les dispositions consultées, le montant global de la dette salariale à apurer en 2027 ni un calendrier précis de paiement. Ce sont pourtant ces données qui permettront de mesurer les progrès accomplis.

L’emploi des jeunes en ligne de mire

Face au chômage et à la précarité, la promotion de l’emploi des jeunes figure parmi les priorités annoncées. La circulaire prévoit la poursuite des mécanismes de protection sociale, ainsi que des actions du Fonds spécial pour l’autonomisation économique des femmes et la promotion de l’emploi des jeunes.

Mais attention à la nuance : ces orientations ne constituent pas, à elles seules, l’annonce d’une campagne générale de recrutement dans la fonction publique. Les recrutements effectifs devront être précisés par les décisions sectorielles et les crédits retenus dans le budget définitif.

La priorité sera donc de rapprocher la formation des besoins des entreprises, de soutenir l’entrepreneuriat et de favoriser les emplois durables. Pour les jeunes diplômés comme pour ceux qui évoluent dans l’informel, l’indicateur décisif sera le nombre d’opportunités réellement créées, et non le seul volume des annonces.

Un minimum de 30 % pour l’investissement public

Sur le front économique, la préparation du budget 2027 repose sur une croissance réelle projetée de 3,6 % et une inflation estimée à 3,2 %. La circulaire prévoit par ailleurs une part minimale de 30 % du budget général consacrée aux dépenses d’investissement, selon les orientations présentées par le ministère des Finances (Minfi).

Cette priorité peut avoir des effets directs sur les conditions de vie : routes praticables, accès à l’eau potable, infrastructures scolaires et sanitaires, désenclavement des bassins de production et amélioration de l’approvisionnement électrique. Mais l’investissement n’a de valeur sociale que s’il aboutit à des équipements fonctionnels, entretenus et accessibles.

Le défi sera donc de limiter les retards de chantier, de mieux suivre les projets et de veiller à ce que les crédits votés produisent des réalisations mesurables sur le terrain.

Électricité, agriculture, santé : agir sur le coût de la vie

La circulaire place le renforcement de l’offre énergétique et le rétablissement de l’équilibre financier du secteur électrique parmi les priorités. La maturation du projet hydroélectrique de Kikot et la poursuite des infrastructures de transport de l’électricité s’inscrivent dans cette orientation.

Pour les ménages, une amélioration durable de l’approvisionnement signifie moins de perturbations dans les activités quotidiennes. Pour les commerçants, artisans et industriels, elle peut réduire les pertes de production et certains coûts d’exploitation.

L’agriculture n’est pas en reste. Le Plan intégré d’import-substitution agropastorale et halieutique doit être accéléré sur la période 2027-2029, tandis que le Programme d’impulsion initiale prévoit notamment une usine de production d’engrais. Produire davantage localement pourrait renforcer les revenus des producteurs et contribuer à limiter la dépendance aux importations, à condition que les intrants restent accessibles et que les circuits de distribution fonctionnent.

La santé, la protection sociale et l’autonomisation économique des femmes constituent également des leviers essentiels pour améliorer le quotidien des populations les plus vulnérables.

Processus de décentralisation

Le renforcement de l’autonomie financière des collectivités territoriales décentralisées figure aussi dans les orientations présidentielles. L’objectif est de donner davantage de moyens aux collectivités pour répondre aux besoins de proximité : routes communales, marchés, eau, assainissement et équipements collectifs.

L’efficacité de cette orientation dépendra toutefois de la disponibilité effective des ressources, de la qualité de la gestion locale et du contrôle de l’utilisation des fonds publics.

Le véritable test sera celui des résultats

La circulaire présidentielle du 12 octobre 2026 trace une feuille de route qui embrasse les salaires, l’emploi, les infrastructures, l’énergie, l’agriculture et la protection sociale. Elle fixe des priorités, mais ne garantit pas automatiquement leur réalisation.

Pour les Camerounais, le bilan du budget 2027 se jugera à des résultats concrets : les arriérés de salaires effectivement réglés, les droits sociaux restaurés, les emplois créés, les infrastructures livrées et les services publics améliorés.

En définitive, la question centrale demeure : combien de ces prescriptions se traduiront-elles en revenus sécurisés, en emplois décents et en amélioration tangible du pouvoir d’achat ? C’est à cette aune que le « budget d’impact socioéconomique » pourra être évalué.

Junior Espoir Kengne

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