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INSERTION PROFESSIONNELLE :  Les communes à l’épreuve du bureau d’emploi municipal

Face au chômage des jeunes, les communes camerounaises sont appelées à devenir des acteurs de première ligne de l’insertion professionnelle. La récente tournée du Minefop par intérim, Mounouna Foutsou, dans la région du Sud relance le débat sur l’efficacité des Bureaux d’emploi municipaux (Bem), en cours d’implémentation. 

Et si la solution au chômage se trouvait aussi à la porte de la mairie ? C’est le pari du Bureau d’emploi municipal, une plateforme communale chargée de rapprocher les demandeurs d’emploi des entreprises, des centres de formation et des opportunités économiques du territoire. Orientation professionnelle, recensement des compétences, information sur les offres, accompagnement des jeunes et promotion de l’auto-emploi : le dispositif entend faire de la commune un intermédiaire actif entre les talents disponibles et les besoins du marché.

Le 15 septembre 2026, Mounouna Foutsou a effectué une tournée de suivi dans quatre communes du département de la Mvila : Ngoulemakong, Mengong, Ebolowa Ier et Ebolowa II. Cette visite visait à apprécier la mise en place de ces mécanismes de proximité et à encourager leur appropriation par les collectivités territoriales décentralisées. À Ngoulemakong, l’accent a notamment été mis sur l’orientation des jeunes, l’accès à l’information et les possibilités offertes par le télé-accompagnement et le numérique.

Une expérimentation qui s’étend

Le Sud n’est pas seul dans cette dynamique. L’Extrême-Nord figure également parmi les territoires pionniers, tandis que d’autres communes s’arriment progressivement au dispositif. À Douala III, par exemple, le bureau municipal a été lancé en février 2026 pour faciliter l’orientation et l’insertion des jeunes, tout en servant d’interface entre les entreprises et les ressources humaines locales.

Ces expériences traduisent une évolution importante : l’emploi ne relève plus uniquement des administrations centrales. Les communes, grâce à leur connaissance du tissu économique et des réalités sociales, peuvent identifier les secteurs porteurs, repérer les compétences disponibles et accompagner les initiatives locales. Encore faut-il que cette proximité débouche sur des emplois réels.

Bem et Fne : deux missions complémentaires

Créé en 1990, le Fonds national de l’emploi (Fne) demeure l’instrument public de référence en matière d’intermédiation, de formation et d’insertion professionnelles. Il dispose de 17 agences couvrant les dix régions du Cameroun et assure notamment la prospection des entreprises, l’orientation des chercheurs d’emploi, la promotion de l’auto-emploi et l’accompagnement des microentreprises.

La différence avec le Bem tient essentiellement à l’échelle d’intervention. Le Fne possède une vocation nationale et une expertise spécialisée du marché du travail. Le bureau municipal, lui, mise sur l’ancrage territorial : connaître les artisans, les exploitants agricoles, les Pme, les besoins des commerçants et les projets susceptibles de générer des emplois dans la commune.

L’enjeu n’est donc pas d’opposer les deux structures, mais de les faire travailler ensemble. Le Bem peut identifier les besoins locaux et orienter les candidats ; le Fne peut apporter son expertise, ses outils d’intermédiation et ses programmes d’accompagnement. Le Minefop assure, pour sa part, la cohérence de l’action publique.

Des obstacles qui peuvent compromettre la promesse

Le premier défi est financier. Des communes confrontées à des ressources limitées, voire à des difficultés de paiement de leurs propres agents, pourront-elles financer durablement le Personnel, les équipements informatiques et le fonctionnement de ces bureaux ? Le deuxième obstacle concerne les compétences. Enregistrer des demandeurs d’emploi ne suffit pas : il faut des Conseillers capables d’analyser les profils, de prospecter les Employeurs, d’identifier les besoins en formation et de suivre les personnes jusqu’à leur insertion.

Troisième risque, l’absence de débouchés. Sans partenariats formalisés avec les entreprises, les centres de formation et les acteurs économiques, les Bem pourraient se transformer en simples guichets d’inscription, entretenant les frustrations plutôt que les perspectives. Enfin, la multiplication des dispositifs publics exige une clarification des rôles avec le Fne, les structures d’accompagnement des jeunes et les programmes existants, afin d’éviter les doublons et la dispersion des ressources.

Passer du recensement aux résultats

La réussite des Bem suppose des budgets identifiés, des responsables formés, des outils numériques fonctionnels et des conventions avec les entreprises. Chaque commune devrait disposer d’une cartographie de ses secteurs porteurs, d’une base de données actualisée des compétences et d’un plan annuel d’insertion adapté à son économie.

Surtout, les résultats doivent être mesurables : nombre de demandeurs accompagnés, offres collectées, stages obtenus, emplois créés ou pourvus, activités indépendantes lancées et taux d’insertion après plusieurs mois. Un tableau de bord public permettrait de distinguer les bureaux réellement opérationnels de ceux qui n’existent que sur le papier.

Au bout du compte, le succès du bureau d’emploi municipal ne se mesurera ni au nombre de registres remplis ni aux cérémonies d’inauguration. Il se jugera au nombre de jeunes qui accèdent effectivement à un emploi décent ou créent une activité viable. La commune doit cesser d’être un simple témoin du chômage pour devenir un architecte de l’emploi local.

Bomo Makeba

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