AUXILIAIRE DE VIE : Une forte demande encore cantonnée à l’informel

Personnes âgées, malades chroniques, accidentés ou personnes en situation de handicap : au Cameroun, les besoins d’accompagnement au quotidien sont réels. Mais derrière cette demande se profile encore un marché largement informel, faute de pouvoir d’achat et de structuration de la profession.

Le Cameroun a-t-il besoin d’Auxiliaires de vie ? Les données disponibles suggèrent que le besoin ne peut plus être considéré comme marginal. Selon la Politique nationale de protection sociale, le pays comptait déjà 870 642 personnes âgées de 60 ans ou plus en 2005. Les projections du Bucrep les estimaient à 1 226 940 en 2018 et 1 312 282 en 2020. La même source relève que 45,7 % des personnes âgées étaient en situation de vulnérabilité économique modérée et 39,6 % en vulnérabilité sévère.
La tendance démographique renforce cette perspective. La Politique nationale de genre indique que les personnes de 60 ans et plus représentent déjà plus de 6 % de la population. L’Ecam5 relève par ailleurs un taux de dépendance des personnes âgées de 6 % au niveau national, avec une proportion de personnes de 65 ans ou plus élevée dans les ménages pauvres.
À cette population vieillissante s’ajoutent les personnes confrontées à la maladie, au handicap ou aux séquelles d’un accident. Le ministère de la Santé publique (Minsanté) souligne aujourd’hui la progression des maladies non transmissibles (Mnt) et la nécessité de renforcer la prise en charge des pathologies chroniques. Dans son Plan national de développement sanitaire, le Minsanté relevait déjà que les Mnt représentaient près de 40 % du poids global de la maladie en 2013, avec une prévalence de l’hypertension artérielle estimée à 29,7 % et celle du diabète à 6,6 %.
Un métier aux multiples débouchés
Dans ce contexte, l’auxiliaire de vie peut trouver sa place auprès des particuliers, mais également dans les établissements sanitaires, les structures sociales, les associations et les organisations accompagnant les personnes vulnérables. Son rôle reste complémentaire de celui des professionnels de santé : aide à la toilette, à l’habillage, à l’alimentation, à la mobilité, accompagnement dans les actes courants et présence auprès des personnes dépendantes. Après une hospitalisation ou un accident, cette assistance peut également faciliter le retour à domicile.
Le besoin est d’autant plus évident que la médecine elle-même évolue vers une prise en charge plus proche des patients. Le Minsanté a ainsi lancé en 2025 la stratégie Pen-Plus, destinée à rapprocher des districts sanitaires la prise en charge des maladies chroniques sévères.
Plus de 450 candidats sur 1 288 au Cqp dans le Centre
Reste le principal paradoxe : le besoin social existe, mais le marché solvable demeure étroit. Faute de moyens, de nombreuses familles continuent de recourir à un proche ou à une personne de confiance, souvent sans qualification particulière.
L’intérêt pour la profession commence toutefois à se traduire dans la formation. Pour la session 2026 du Certificat de qualification professionnelle (Cqp), plus de 450 candidats sur 1 288, se sont présentés dans la région à Yaoundé et environs. Une soixantaine de centres de formation professionnelle sur 140 ont présenté des candidats à la filière « Auxiliaire de vie sociale ».
Ce chiffre ne mesure pas directement la demande d’Auxiliaires de vie, mais il constitue un indicateur de l’intérêt croissant pour les métiers de services à la personne.Le véritable enjeu est désormais de transformer cette activité encore largement informelle en filière professionnelle : formation reconnue, normes d’intervention, agences spécialisées, protection des travailleurs et capacité des ménages à financer les prestations.
Entre le vieillissement progressif de la population, 1,3 million de personnes âgées dès 2020 selon les projections disponibles, le poids des maladies chroniques et la montée des besoins liés au handicap ou à la perte d’autonomie, l’Auxiliaire de vie pourrait ainsi devenir bien plus qu’un petit métier de services : un nouveau gisement d’emplois dans l’économie des soins et de l’accompagnement.
Pauline Ada Olinga




