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INTERVIEW

DR JOCELINE DONFACK, DIRECTEUR- ISICO : « La première intention, c’est de voyager»

Docteure en sciences infirmières et responsable du Centre de formation professionnelle Intelligentsia Corporation (Isico), elle explique pourquoi ce métier est très couru aujourd’hui au Cameroun, en insistant sur ses débouchés au niveau local comme à l’étranger.

Dans un contexte marqué par la problématique de l’emploi au Cameroun, que représente cette nouvelle ouverture autour du métier d’auxiliaire de vie ?

La notion d’auxiliaire de vie est encore assez embryonnaire, puisqu’on n’a même pas encore un statut pour les auxiliaires de vie. Comment la formation se déroule-t-elle ? Quels sont les critères ? On n’a même pas encore un référentiel, un livre sur le métier d’auxiliaire de vie.

Le ministère de la Santé n’a pas encore mis en place ce cadre. C’est encore embryonnaire. Pourtant, le métier est très important. Avant, on associait les tâches de l’auxiliaire de vie à celles de l’aide-soignant. Tout ce que l’auxiliaire de vie faisait était attribué à l’aide-soignant. Maintenant, on essaie de dissocier les deux.

On a déjà plusieurs catégories d’auxiliaires de vie : l’auxiliaire de vie sociale, l’auxiliaire de vie auprès des personnes âgées, l’auxiliaire de vie à la petite enfance et l’auxiliaire de vie en puériculture. L’auxiliaire de vie en puériculture travaille soit dans les maternités, soit à domicile. Ce qu’on appelle communément une « nounou », par exemple, peut relever de ce type d’activité. Lorsque tu donnes naissance, c’est cette personne qui peut t’assister à domicile pour prendre soin du bébé, te montrer comment subvenir aux besoins de ton enfant et t’aider à prendre soin de lui jusqu’à ce qu’il atteigne un certain âge.

Quelles sont les spécificités de l’auxiliaire de vie à la petite enfance ?

On a également l’auxiliaire de vie à la petite enfance. Ce qu’on voit dans les nurseries, les crèches ou les maternelles peut, dans d’autres contextes, relever du travail des auxiliaires de vie à la petite enfance. Dans les situations de handicap chez l’enfant, l’auxiliaire de vie est tellement importante. Il ne s’agit pas nécessairement de l’aide-soignante, mais de l’auxiliaire de vie à la petite enfance. Elle connaît les besoins liés à cette période de la vie de l’enfant. La petite enfance concerne notamment les enfants de deux à six ans, selon les situations. Cela peut concerner les enfants autistes ou les enfants en situation de handicap. C’est l’auxiliaire de vie à la petite enfance qui les accompagne, que ce soit dans le milieu scolaire ou à domicile, dans leur éducation et dans leur quotidien. Ensuite, on a l’auxiliaire de vie sociale, qui intervient notamment auprès des personnes âgées.

Concrètement, quel peut être son rôle auprès des personnes âgées ?

Chacun d’entre nous a forcément un parent âgé. Qu’il soit handicapé ou non, une personne âgée peut avoir perdu une partie de son autonomie, avoir une pathologie handicapante ou une maladie chronique. Prenons le cas d’une personne âgée qui souffre de diabète. Il faut lui préparer ses repas, lui donner ses médicaments, prendre ses paramètres, contrôler sa glycémie et référer lorsque cela est nécessaire. Il faut pouvoir identifier les différentes crises : savoir s’il a fait une hypoglycémie ou une hyperglycémie. Il faut aussi savoir évaluer ses urines, observer son attitude et son comportement. Tout cela relève du rôle de l’auxiliaire de vie. Elle peut intervenir à domicile comme dans certains services hospitaliers, notamment en gériatrie ou en gérontologie.

Quelle est alors la limite entre le travail de l’aide-soignant et celui de l’auxiliaire de vie ? Cette dernière peut-elle être considérée comme un personnel de santé à part entière ?

Non. Je n’aime même pas déjà l’idée de « personnel de santé à part entière ». Parce que la santé n’est pas seulement à l’hôpital. Je n’aime pas cette notion de « personnel de santé à part entière ». C’est comme s’il y avait quelqu’un qui était moitié personnel de santé. Le soin, c’est prendre soin. Je dis souvent aux personnes qu’une maman, déjà, est une personne de soin. Une maman qui prend soin de ses enfants, de sa maison, de son mari, prend soin.

C’est quoi, le soin ? C’est prendre soin de. Même de soi-même. C’est prendre soin. Alors, les deux ont leurs limites. Que ce soit l’auxiliaire de vie ou l’aide-soignant, chacun a ses limites. L’aide-soignant est un peu comme le petit infirmier, si je peux l’appeler comme ça. C’est juste entre guillemets, ce n’est pas péjoratif. C’est un abus de langage.

Cela veut dire qu’à un niveau basique, il peut faire l’injection, la toilette, donner les médicaments, prendre les paramètres, faire une observation pertinente et participer à beaucoup d’autres tâches.

Comment voyez-vous l’avenir de ce métier au Cameroun ?

Maintenant, je pense que le métier d’auxiliaire devient de plus en plus important, parce qu’avec les tendances actuelles, on veut tous partir, on veut tous voyager, on veut tous immigrer. Et la demande en Occident est très élevée pour les auxiliaires de vie. Parce qu’au Cameroun, ou même en Afrique, on n’a pas trop la notion de mettre les personnes âgées en maison de retraite ou en pension. Même lorsqu’on a quelqu’un qui est malade, c’est généralement la famille qui prend le relais. C’est pourquoi on n’avait pas beaucoup besoin de ces auxiliaires.

Mais de plus en plus, avec les maisons où vivent des personnes âgées qui ont des maladies, les personnes qui ont la responsabilité de leurs parents peuvent avoir besoin d’une auxiliaire de vie. De plus en plus, on recrute donc des auxiliaires de vie à domicile.

On a aussi beaucoup d’enfants qui naissent avec des handicaps, qui sont autistes ou présentent des troubles mentaux, des troubles psychomoteurs et autres. De plus en plus de personnes emploient des auxiliaires de vie à la petite enfance pour s’occuper de leurs enfants à domicile et accomplir certaines tâches liées à leurs besoins. Alors que dans d’autres pays, notamment en Occident, cette pratique est courante, la demande y est très élevée. De notre côté, les gens se forment parce que leur première intention est souvent de voyager. Que ce soit vers l’Allemagne, le Canada, la France ou ailleurs, ils veulent partir.

La deuxième option, maintenant, c’est de pouvoir trouver du travail au Cameroun. Mais lorsque c’est bien expliqué et qu’ils sont bien formés, ils ne vont pas manquer de travail parce que, quelque part, comme je vous le disais, on a toujours quelqu’un qui a besoin d’accompagnement.

Il y a toujours un enfant dans une nurserie, dans une crèche ou une école maternelle. On a toujours des écoles pour les personnes handicapées, des centres pour les personnes handicapées. Il y a toujours un parent qui a eu un accident ou un Avc, un diabétique ou une autre personne qui a besoin d’une assistance à domicile.

Interview réalisée par Jean Pierre Bineli
 

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