ENJEUX DU QR CODE ET GALÈRE DES TAXIMEN : Les organisations des transporteurs divisées

Entre adhésion au principe de l’identification et dénonciation des difficultés de son application, Patrice Samen et Thomas Ondoa affichent des priorités différentes. Mais les deux syndicalistes s’accordent sur la nécessité de faciliter les démarches administratives des taximen à Yaoundé.

L’enrôlement des taxis au QR code, engagé par la mairie de Yaoundé, révèle des divergences entre les organisations professionnelles. Patrice Samen, Président de la Fédération nationale des Chauffeurs professionnels du Cameroun, soutient cette opération d’assainissement du secteur. Thomas Ondoa, Président de la Synactuircam, partage l’objectif d’identification, mais critique une mise en œuvre qu’il juge pénalisante pour les conducteurs.
Un objectif commun, des réserves différentes
« Oui, nous approuvons cette initiative. C’est un début de lutte contre les transporteurs clandestins et les chauffeurs qui exercent en dehors des règles », affirme Patrice Samen. Il y voit une démarche réclamée de longue date pour mieux identifier les acteurs du transport et structurer la profession.
Thomas Ondoa rappelle que les syndicats avaient également adhéré au projet « Yaoundé en mouvement », initialement conçu en deux étapes : identifier les propriétaires et les chauffeurs, puis engager l’assainissement du secteur. Sa contestation porte donc moins sur le principe que sur les modalités de réalisation.
Il dénonce notamment la centralisation des enrôlements à l’Hôtel de ville. Selon lui, les communes d’arrondissement, qui devaient participer à l’opération, n’ont pas collaboré, tandis que les agents mobilisés étaient insuffisants pour absorber l’afflux des demandeurs.
Les lenteurs administratives, point de convergence
Sur les difficultés de régularisation, les deux responsables se rejoignent. Patrice Samen déplore les retards dans la délivrance de certaines pièces nécessaires à l’activité des transporteurs. « Pour obtenir certains documents relatifs aux véhicules, les transporteurs peuvent attendre jusqu’à deux mois, alors que ces pièces pourraient, selon nous, être délivrées en 72 heures », souligne-t-il.
Thomas Ondoa pointe, pour sa part, les dysfonctionnements de la plateforme et le délai de deux à trois semaines parfois nécessaires pour obtenir le QR code. Il regrette qu’aucun justificatif provisoire ne soit remis au moment de l’enregistrement, laissant les conducteurs sans preuve immédiate de leur démarche.
Pour les deux syndicalistes, ces lenteurs compliquent la mise en conformité des transporteurs. Ils appellent ainsi, chacun à sa manière, à une meilleure organisation des procédures pour permettre aux chauffeurs de travailler dans les règles.
La répression au cœur des divergences
C’est sur les contrôles que Thomas Ondoa se montre le plus critique. Il estime que les sanctions auraient dû tenir compte des inscriptions encore en cours. « Nous ne voyions pas la nécessité de faire la répression », affirme-t-il, évoquant l’afflux des chauffeurs dans les centres d’enrôlement.
Le Syndicaliste rapporte également des cas de véhicules disposant, selon lui, de leurs papiers, mais conduits en fourrière, avec 30 000 FCFA réclamés. Les motifs de ces immobilisations et les sommes évoquées nécessitent toutefois des vérifications auprès des services concernés.
Patrice Samen insiste davantage sur les conséquences économiques des retards administratifs. « Ce sont des pères de famille qui doivent travailler pour subvenir aux besoins de leurs proches », rappelle-t-il. Il plaide pour une accélération des procédures afin de préserver les revenus des chauffeurs tout en favorisant leur régularisation.
L’accessibilité du code en question
Autre préoccupation soulevée par Patrice Samen : l’accès des usagers au QR code. Il propose d’en multiplier les exemplaires à l’intérieur des taxis, en complément de celui apposé sur la portière, afin de faciliter les vérifications. Membre du comité de trafic de Yaoundé, il souhaite que cette proposition soit examinée lors d’une prochaine réunion.
Au final, les deux responsables soutiennent l’identification des acteurs du transport, mais divergent sur les priorités : lutte contre la clandestinité et amélioration des démarches pour Patrice Samen ; organisation de l’enrôlement et modération des contrôles pour Thomas Ondoa. Un même défi les rassemble néanmoins : rendre le dispositif opérationnel sans empêcher les transporteurs de se mettre en règle.
Jean Pierre Bineli




