DIFFICULTES DE MOBILITE A YAOUNDE : Les usagers et les Taximen à l’épreuve du QR code

Deux semaines après l’échéance du 5 octobre fixée pour l’identification des taxis, la capitale peine à retrouver l’ensemble de ses véhicules jaunes. Entre contrôles, lenteurs administratives et difficultés d’enrôlement, la mesure municipale perturbe la mobilité urbaine.

Trouver un taxi à Yaoundé relève désormais du parcours du combattant. Aux heures de pointe, les longues attentes désorganisent les déplacements, retardent les Travailleurs et compliquent les courses des Chauffeurs. En cause, l’opération d’identification des taxis par QR code, dont l’échéance a été fixée au 5 octobre 2026, avec menace de mise en fourrière pour les véhicules non enregistrés.
« Ça fait deux semaines que le maire de la ville de Yaoundé bloque les taxis et la circulation et personne ne dit rien ? », s’indigne Lionel Fouda, usager. Pour les parents, les salariés et les autres citadins dépendants de ce moyen de transport, la rareté des véhicules se traduit par des retards et des journées sous pression.
Enrôlement sous tension
Le 30 septembre dernier, le maire Luc Messi Atangana faisait état d’environ 17 000 propriétaires et de plus de 18 000 chauffeurs déjà enregistrés. Il annonçait des contrôles systématiques dès le 6 octobre, avec mise en fourrière des taxis non identifiés.
Sur le terrain, cependant, les transporteurs dénoncent les lenteurs de la procédure. « Le rang est énorme et l’enregistrement prend du temps, et pourtant nous sommes sous pression de la part des forces de maintien de l’ordre », témoigne Roger Talla, taximan.
Pour Thomas Ondoa, Président de la Synactuircam, l’identification aurait dû précéder la réorganisation du secteur. Il déplore surtout l’absence de preuve immédiate de l’enrôlement, alors que l’obtention du QR code pouvait prendre deux à trois semaines. Il relève également des difficultés techniques sur la plateforme et s’interroge sur les frais de 30 000 FCFA réclamés à certains véhicules mis en fourrière.
La mairie de la ville maintient le cap
À l’Hôtel de ville, la position reste ferme. Selon Dominique Mbassi, responsable de la Cellule de communication, les Transporteurs disposaient de trois mois pour se faire enregistrer et avaient été prévenus des sanctions. La mairie affirme néanmoins rester ouverte aux préoccupations exprimées.
Le principe de l’opération ne fait pourtant pas l’unanimité contre lui. Patrice Samen, Président de la Fédération nationale des Chauffeurs professionnels du Cameroun, y voit un moyen de combattre le transport clandestin et de mieux structurer la profession. Mais il dénonce les lenteurs administratives, notamment auprès des services des Transports et des Impôts, qui peuvent prolonger jusqu’à deux mois l’obtention de certains documents.
Reste à concilier identification, contrôle et mobilité. Car si le QR code doit contribuer à assainir le transport urbain, son déploiement ne saurait durablement se traduire par des taxis moins nombreux dans les rues et des usagers davantage pénalisés.
Jean Pierre Bineli




